Aussi indéchiffrables pour le profane que les manuscrits enluminés du Moyen âge, certaines ruines, dont on pourrait se demander pourquoi elles sont accessibles au public si l'on ne savait l'ardeur des édiles à extirper l'ennui de leur village et le numéraire des oisifs, étalent sous le regard estival égaré leur labyrinthe de bosses et de trous, vrai faux champ de bataille que les défunts eux-mêmes ont abandonné avec une histoire qui, au reste, n'intéresse plus guère que les paléographes. Une simple lecture du guide ou le récit désabusé d'un ami devrait détourner le chaland de cette sotte idée qui consiste à quitter un refuge de fraîcheur pour un véhicule moite, une route pierreuse, un parking de fortune et un guichet sinistre encombré de cartes postales vertes et bleues. Mais non, l'on s'ennuie trop, cet été : la fatigue, la digestion hasardeuse des salades de tomate ou des grillades, le soir qui se fait attendre, ou la ville, le travail, finalement, les amis restés là-bas... Le spleen donc, et lui seul, achète une pellicule neuve et ouvre la porte de la voiture. Et puis les enfants sont intenables. Voici les vestiges. Des arbres ont poussé sur leur limon : un peu des jardins de Babylone, un peu des mémorials aux victimes de guerre, trop de lumière. Heureusement, la Ruine possède ses antres où il n'est jusqu'à l'odeur de vieille urine qui ne soit authentique. Les bambins éprouvent la véracité des échos, puis disparaissent sans que l'on songe à les poursuivre : pourquoi gâcher leurs meilleures saisons ? L'on s'embrasse furtivement, peut-être ramasse-t-on quelque débris chargé d'histoire que l'on abandonnera dans la boîte à gants. Photographies prévisibles sur fond vert et bleu, la journée, après tout, est digne que l'on s'en souvienne : où sont passés les enfants ?
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1997...
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