Un matin, en pleine campagne,
Je m'éveillai, volets ouverts,
Le soleil ayant découvert
Un songe digne d'Hypocagne...
Figurez-vous que, dans ce rêve,
Illuminé par les couleurs,
J'étais un faune aux yeux rieurs
Vivant tout nu, près de la grève :
Nous étions bien une dizaine,
Beaux compagnons des goélands,
Et partagions la même haine
Pour le touriste ou le chaland.
La falaise abritait nos rites,
Cachait nos craintes, nos émois :
Elle était mieux qu'une guérite
Où codifier nos jeux, nos lois.
Car nous nous faisions respecter
De la nature tout entière ;
Les mortels, comme les sorcières,
Avaient bien tort de s'en mêler !
Nous attaquions les promeneurs,
Les marins, les druides arrogants,
Les bourgeois comme les mendiants,
Que nous savions des pollueurs.
La justice enfin accomplie,
Ouvrant nos bras sur l'horizon,
Le regard bleu, le coeur empli
Du sol nous quittions la prison.
Un ciel de chrysoprase sombre
Guidait nos plongeons impeccables,
Et l'océan mangeait notre ombre,
Pour nous la rendre sur le sable.
Que de paroles insensées
Sortaient alors de notre bouche !
Il faut, disions-nous, qu'on se couche :
Le jour, bientôt, va se lever...

Maudit sois-tu, astre jaloux,
Et maudites, vous, mes persiennes,
Dignes d'un poignard d'obsidienne,
Qui tranchâtes un instant si doux !

Puis, dans un éclair de regard,
Posté au pied de mon grabat,
Je vis un être au nez camard
Achever chez moi son sabbat :
Le poing replié sur les lèvres,
Il était noir comme le suif ;
La vision fut sans doute brève
Mais il me regardait, pensif...



S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1994...


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