L'Euménide Alecto
Terre cuite ; H. 11 cm.Ier S. Ap. JC.
Prov. : fouilles d'Aphrodisias. (Ref. A.9305)
Scellé au linteau d'une porte richement ouvragée d'Aphrodisias, ce visage menaçant de l'une des filles de la nuit protégeait sans doute la maison, aujourd'hui en ruine, contre le mauvais oeil, les esprits néfastes ou les visiteurs mal intentionnés, coutume ancestrale subsistant encore de nos jours dans certains villages de l'Italie méridionale concomitamment à une ferveur chrétienne proche de la superstition. Notre Euménide, aisément reconnaissable au voile qui couvre sur sa tête le sifflement des serpents, présente en outre une particularité bien étrange : l'intérieur de ses yeux a été creusé afin de faire communiquer les deux orbites, éclairant ainsi le regard d'une lueur inquiétante dont on devine l'efficacité sur les forces malignes. Le professeur Temig de l'Institut Français d'Antioche a avancé l'hypothèse selon laquelle la précision donnée par l'artiste antique à la cavité buccale supposait également une utilisation de cette partie, peut-être pour confondre les menteurs, dans un esprit similaire à celui de la fameuse Bocca della Verità de Rome ; hypothèse que relativise néanmoins la position élevée de cette figure et l'absence de traces d'échelle sur les pans de murs attenants, mais qui se peut défendre par la supposition d'un usage de l'objet détourné en quelque sorte de son attribution première à des fins ornementales, tant il est exact qu'une centaine d'années environ séparent Alecto de la porte où elle officiait.
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