A peine ouvert, cet herbier vénérable occupe le silence. Pages sonnantes, un peu grasses, couleurs fanées, senteur de pot-pourri. La main a tracé, d'une plume surannée, des caractères à l'encre violette: belladone, datura et jusquiame susurrent en latin leurs discours pleins d'odeurs. Angelica archangelica, Artemisia absinthium, Berberis vulgaris, Coriandrum sativum, Cuminum cyminum, Dictamus albus, Humulus lupulus, Melissa officinalis, Narcissus odorus, Origanum marjorana, Papaverum somniferum, au hasard des feuillets lourds, font naître comme l'essence d'un vertige, la réminiscence d'une nature cruellement semblable à elle-même malgré la fuite des saisons, une sorte de constat d'échec face à l'opiniâtreté humaine. On sait trop ce que sont devenus les parcs et les champs parmi lesquels, un jour, des doigts habiles aux manches de dentelle se sont délicatement saisis de ces fragments d'éternité pour en conserver la trace entre les pages d'un livre. Jardin miniature à l'usage des narines de femme, clairière ménagée dans la compacité d'innombrables bibliothèques pour des raisons qui n'en seront jamais, encens des incendies, réserve légale aux plus mortels des poisons, cet herbier mérite qu'on l'enfouisse et l'abandonne, comme un écho, au fond des souvenirs...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
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