Il a fait grand vent, cette nuit; quelques unes des tuiles vernissées qui couvrent le kiosque, au milieu du lac, se sont envolées avec enthousiasme. A présent leurs débris agrémentent le tapis des feuilles mortes d'une multitude de reflets couleur jade. Une partie de la charpente découvre, abandonné par les voyageuses, son bois sombre et moussu aux premières lueurs de l'aube. Les eaux sont un peu troubles, comme si la nature se refusait à renvoyer l'image du désastre qu'elle a engendré dans sa folie. Serait-ce pour s'excuser qu'elle a fait le silence si doux ? Même les grues, d'ordinaire si farouches, laissent une plume compatissante effleurer le regard du passant. Identique consternation chez les ormes et les bambous. Pendant quelques heures, au moins jusqu'au zénith, l'humain, l'ennemi, sera choyé au-delà des espérances, s'il prend seulement le temps d'écouter et de voir. Au fil de l'après-midi, quand les paysans viendront effacer toute trace de la tempête, quand le couvreur aura fini son travail et que le thé sera servi sur le parquet encore humide, quand de nouveau les carpes bondiront hors des eaux transparentes pour happer les libellules apportées par la brise, des lois immuables rétabliront chacun, en attendant le prochain orage, derrière les frontières qui lui sont assignées...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...


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