Odeur de cire: un domestique s'est enfin attelé aux essences rares du cabinet qui déploie son noble mutisme dans le bureau. Toutes portes fermées, ce meuble reste sur une réserve outrancière au point qu'on voudrait ouvrir grands les panneaux marquetés où s'entrelacent bois roux, métal et ivoire, les tiroirs et les caches pour libérer les secrets qu'il feint de conserver. Une sorte de douleur rageuse naît de la patience, que l'on sent un peu méprisante, de cette chose précieuse devant la succession des générations. A sa place on hurlerait, on en est persuadé. On le déteste. Seul un laquais peut en prendre soin - pour qui importent peu les fatuités pincées - ou un amoureux fou. Dans ce dernier cas, se substituant à l'artisan, l'amateur danse sans rougir autour du bel indifférent, hypnotisé, caressant le vernis de ses mains moites, tâchant de masquer son trouble par un discours décousu, rempli de vides béants où sombre l'attention. Mieux vaut le domestique: silencieux comme la surface dont il a la charge, notre homme connaît mieux que quiconque l'attente imperceptible des objets. Par la cire qu'il étend, lui seul sait rabattre leur morgue intimidante, lui seul sait les forcer à parler aux maîtres, par craquements interposés, la langue subtile des effluves de térébenthine...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...


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