Accroché à flanc de coteau, ce qui reste de la ville-musée tombe en décrépitude au fur et à mesure que passent les hivers. Les fresques s'effacent, les belles voûtes gothiques, mangées par le lierre, n'ont plus la volonté de résister, des vers creusent leurs galeries dans les retables et les toiles de maître. Une nature vengeresse soulève les pavés, déplace les escaliers, bouche les perceptives et dévale dans les impasses. Ce n'est, pourtant, pas faute de soins que persistent céans le morne crépuscule et la pluie: plus on veut la conserver, plus la ville s'offre à l'insulte de l'envahisseur, telle une catin suicidaire. Les amateurs de ruines et d'impressions fausses sont ici plus nombreux que les rats. On se souvient pourtant, riches heures de la cité, de ces moments heureux où, enfant, on allait promener seul aux matins de fugue, se perdre en riant dans les rues hautes, rencontrer des amis pour parler aux statues, écouter le dialogue des tableaux et jouer des grandes orgues. Les arbres n'avaient pas quitté leurs parcs, les sylvains chantaient encore. Adolescent, on était moins nombreux à retourner sur ces chemins puérils, mais la ville taisait son âge. Sans doute se maquillait-elle déjà un peu, la flagorneuse ! Certains osent prétendre qu'elle n'a jamais changé on ne les voit guère, ceux-là...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
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