Si l'on fait l'effort de la gravir jusqu'à son terme, cette montagne aride sait être reconnaissante. Elle sait que le visiteur a réussi à s'extirper du sein des forêts environnantes, de leur bienveillants ombrages et de leur fraîcheur; elle sait aussi qu'il est difficile de résister au mystère cristallin que dispense généreusement la baume, en contrebas. L'à-pic de la falaise, enfin, dérobe aux indifférents l'existence ultime d'un sommet. Seuls quelques randonneurs au teint rougeaud fond rouler sous leurs semelles la pierraille brûlante du sentier, les yeux rivés à vide. A ceux-là, notre montagne offre le paysage qu'elle domine, la morsure vivifiante du vent et même un abri pour la nuit. Aux enfants elle tend ses fleurs rares, ses lichens, ses odeurs; aux silencieux, ses échos lointains. Emue, intimidée, elle n'ose répondre que lorsqu'on l'interroge. Voici bien longtemps que son amie la plus intime l'a quittée: qui le sait vraiment, parmi tous ces humains ? Bien sûr, on a installé une chapelle, soigneusement fermée à clef, on vient régulièrement meurtrir ses genoux sur la dalle froide, sagement on subit les prêches et on lit les guides. La montagne écoute aussi, mais ne trouve que réponses là où elle voudrait tant qu'il y eût des questions, une question, une seule...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...


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