Entre les marais salants dont l'écume de neige tiède attend la brise, et les flots indisciplinés s'étend un champ de dunes. D'année en année, cette antichambre de sable gris daigne se laisser modeler par les saisons tout en s'opposant opiniâtrement à l'union complète des éléments liquides. A peine les laisse-t-elle s'entr'apercevoir au hasard de dérisoires cluses où le vent s'engouffre. Des colonnes de moustiques attendent l'ivre de soleil qui les traversera, nu, dans l'accablement d'un après-midi d'été. Le pauvre fou devra courir et s'écorcher les pieds sur des grèves en porcelaine avant de trouver un refuge plein d'odeurs dans les eaux roses de l'étang. La peau brûlante, les mains noires de glaise, les cheveux collés, il passera sa langue sur ses lèvres et finira par sourire. Redécouvrant son corps, jouant avec ses sens, il restera longtemps à deviner l'appel lointain du ressac, le cri des flamants. Quand le souffle de l'air se sera fait plus calme, quand le désir violent d'une gifle marine reviendra se poser sur son visage, notre rêveur se redressera, hagard, puis laissera ses pas le conduire naturellement, parmi les herbes hautes et la camomille, jusqu'au bord des vagues entre les bras prévenants desquelles il se jettera, comme un enfant sombre dans le sommeil...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
|