Atelier vide. L'alchimiste a tout brûlé dans son athanor. Au fond du creuset une masse rougeâtre bouillonne, indifférente à l'attention qu'on lui procure. Ce ne sera sans doute pas pour aujourd'hui. Au dehors, un soleil de juin se couche avec délice sur des gamins qui jouent. On frappe à la porte: des amis viennent proposer quelques pas sur la plage; plus tard on dînera, on ne parlera pas du Grand Oeuvre, c'est promis. Au bas de la vieille ville, près du môle, une foule bruissante s'est assemblée sur les planches qui jouxtent la mer. Les gens ne regardent pas l'horizon doré, ils ne discutent pas davantage; tous lèvent les yeux dans un murmure étonné. Un peu au dessus de la tour de garde flotte une jeune femme en armes. Elle aussi porte son regard vers le haut. Sa carapace de métal renvoie une lumière presque aveuglante. Une longue bannière blanche claque comme un fouet, projetant des ombres claires sur le sable. L'alchimiste fend la foule et, soudain, comprend l'ineffable évidence. De grandes ailes l'enveloppent, son manteau de laine noire se change en une matière douce et chaude comme une mandarine. Le monde s'est enfui. L'ange prend son arc et vise la jeune fille. Un ami veut parler mais s'interrompt: la flèche a déjà atteint son but dans un souffle amoureux...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...


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