Au plus profond de l'ombre des temples ondulent lentement les apsaras dans leurs parures d'or. Le visage surmonté d'une coiffe étincelante, elles sourient à la divinité qu'elles célèbrent. Aucun regard profane ne saurait, au risque de la vie, se poser sur ces corps blêmes et confiants, ces tuniques et ces pagnes où se perd la lumière dans la lumière, ces gemmes et ces mains infinies: derrière les piliers, invisibles autant que redoutables, veillent des ennuques aux mille yeux, au million d'oreilles, dont le kriss acéré aime à luire de sang. Une musique s'élève, presque douloureuse à force de perfection. L'un des musiciens aveugles entonne, la tête renversée dans un balancement ivre, une mélodie complexe que rythment les percussions d'étain et le gamelan. Les danseuses font claquer le métal effilé de leurs doigts; une fumée précieuse s'élève, droite, des brûle-parfums. Quel courant d'air la fait-il osciller tout-à-coup ? Cela ne saurait, assurément, être le geste sublime des apsaras, ni l'irruption d'un intrus. Une tenture s'écarte sur des porteurs de flambeaux, au sein comme l'onyx: le silence se fait, sans le moindre froissement. Immobile, la troupe sacrée attend que Sa Majesté se soit installée sur le trône et qu'à nouveau les volutes s'étirent, avant de reprendre le culte...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...


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