Se sent-elle exotique, cette pagode qui s'élève, fragile, au dessus de l'étang ? Brisée toujours par les reflets tristes, elle attend, sans illusion, le lettré ignorant jusqu'à son existence, le mandarin égaré dans un palanquin que balancent gracieusement quatre esclaves en sueur, la douce joueuse de koto, ou les amoureux serrés sous des ombrelles claires. Las ! Depuis sa construction, le subtil édifice n'a supporté, sur ses murs de faïence, que l'ombre salissante des "long nez", de leurs femmes, l'écho de leurs fêtes grossières et, après que les orages se furent calmés, le rire sarcastique des ignorants, leur curiosité humiliante, leurs enfants aux doigts gras, leurs ustensiles odieux; inutile sémaphore que ne contempleront jamais les marins, réduit à ce seul escalier des hauteurs duquel tant de mains épaisses désignent, sans les contempler, les étendues du même vert, marais glauques, fleurs dénuées d'odeur avec, non loin, l'avancée d'une marée irrespirable: leur ville silencieuse, sûre et si propre. Occident honni. Pour échapper au joug de ce vainqueur, l'Orient a fini par comprendre qu'il valait mieux se déplacer; mais les lettrés, comme les esclaves ont disparu, les mandarins vêtus de sombre veulent voyager vite, les amoureux vieillissent et la douce joueuse de koto, la douce joueuse...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
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