Le corybante est fatigué, les tympans bourdonnants du son des cymbales et des flûtes. Il a, dans son extase, déchiré la chlamyde qui couvrait l'ambre de son torse. L'aurore l'a découvert, abandonné sur la margelle fraîche de la fontaine, des fleurs entortillées dans ses cheveux aux boucles sombres. Il frissonne. Durant ces trois nuits, au contact de la déesse, à quelles agapes barbares les dieux l'ont-ils convié ? Lui seul et ses frères en religion peuvent en avoir le vague souvenir, cette émotion trouble qui ourle d'inexplicables sourires sur leurs lèvres épaisses, cet éclair bleuté au fond de leur regard, leur voix qui se fait plus profonde et qui tremble presque quand un indiscret les interroge. Le jour se fait pressant; devançant la chaleur, le corybante se redresse et abandonne sa tête au murmure des eaux. La fraîcheur ruisselle gaiement le long de ses membres, réveille chaque pore, chaque odeur, éblouit ses yeux lourds, emporte en les mêlant les fleurs et les lambeaux d'étoffe. Une mélodie de la veille resurgit et s'élève de la poitrine du baigneur, bientôt reprise, comme un animal avec lequel on jouerait, par ceux qui s'éveillent à leur tour et s'approchent mollement de la fontaine. Eloignons-nous: les longs instants qui se dessinent ne parleront pas à qui ne sait que regarder...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
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