Pour approcher les berges du fleuve, à l'endroit crucial où il se sépare en deux bras d'inégale puissance, il faut traverser une bien curieuse végétation qui semble n'exister que pour soustraire aux regards l'intimité de l'acte géographique enroulant ses tourbillons derrière les futaies. Humidité et souplesse du sol. Dans le soleil s'élèvent des nuées de semences délicates, prêtes à suivre le moindre zéphyr, la moindre respiration. Elles seules connaissent le chemin exact. L'intrus, ignorant des lois secrètes qu'il n'aurait jamais dû oublier, se heurte à une barrière épaisse de belles ronces brunes, opiniâtres et moqueuses. Persiste-t-il dans son voyeurisme ? Les griffes s'écartent obséquieusement, un chemin hasardeux se fait jour parmi les branches mortes et les arums. Froissements: l'endroit tout entier est averti. Au fil de la percée, le fleuve se dérobe; on le sent si proche pourtant, qu'on jurerait l'entendre. Le sentier s'amenuise et disparaît sans qu'on y prête attention. Des écrans inextricables se dressent fièrement, sur lesquels le regard s'égratigne. La lumière ne daigne plus accrocher que la cime des arbres. Pourquoi l'inquiétude des premiers âges sourd-elle à ce moment avec la solitude ? Plutôt que de répondre, l'humain se dérobe, meurtri, et tourne les talons...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...


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