Au milieu de la brume, loin de toute trace humaine, est un piédestal de calcaire recouvert d'un voile immaculé qui se confond avec les limites de l'espace. Sur l'un des côtés de ce piédestal, une main prévenante a dressé un paravent de bois doré qui nimbe chaque particule d'un halo iridescent. Une femme survient, les paupières closes. Elle glisse dans un mouvement imperceptible qui ne fait pas même frémir son vêtement. Entre ses mains jointes se devine la forme subtile d'une grande orchidée mauve. La sacrificatrice dépose doucement son trésor sur l'autel et se saisit du couteau d'obsidienne qu'elle cachait dans les replis de son aube. Avec une dextérité absolue à laquelle sourit l'enchaînement des siècles, elle découpe la fleur sans en maculer le support vaporeux puis, brandissant le couteau, le tient droit devant ses yeux enfin ouverts. Un pétale se détache de la lame et tombe lentement. La femme frémit et détourne la tête; à sa gauche est apparu un tau lumineux, séparé en deux parties égales, dont la base s'estompe à quelques centimètres du sol. Le voile se soulève, entraînant une nuée de pétales autour de la sacrificatrice qui s'éloigne, un peu titubante, à travers l'opacité de la brume...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
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