Ce miroir est dangereux: il guette le visiteur nocturne au détour d'un couloir. Accroché dans son cadre d'ébène où s'entortillent les rinceaux comme des lombrics, il ouvre grand un oeil de cyclope au fond duquel l'esprit agité croit deviner les portes majestueuses qui conduisent au sommeil. La main cherche un point d'appui mais le perd bientôt; une brise délicate dont on ignore la source caresse les cheveux: on est pris. Des arbres se penchent au bord du chemin dallé de jaspe. On n'ose respirer tant le silence est enveloppant. Les pieds ne touchent plus le sol que l'on sait trop précieux et les lèvres étouffent instinctivement un cri d'effroi. Il faudrait se hâter de revenir, on en est bien conscient, mais cette nuit la est déjà perdue dans le lointain, indifférente aux souffrances de celui qui regarde. Peut-être, dans une chambre proche, quelqu'un d'aimé parle-t-il en rêvant. On tente de répondre mais le vent souffle dans la mauvaise direction. Les branches noires s'agitent, faisant fuir des myriades d'oiseaux vers un ciel de plomb. L'un des volatiles fouette douloureusement le visage. C'est généralement la dernière sensation dont on peut se souvenir. Quand on aperçoit enfin les portes, il est bien trop tard pour réfléchir au réveil...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...


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