Les arènes sont combles, échauffées par le feu de midi. La foule compacte exhale une odeur forte qui appelle à l'amour. Des adolescents nus glapissent, juchés sur les barricades, s'excitant au combat. Un homme en habit de lumière fait son entrée sous les applaudissements: il paraît minuscule à côté de ce fauve roux sorti du toril, qui mugit en élevant dans sa course un nuage de poussière. Dans un flot écarlate, le taureau arrache la cape du matador et dévisage circulairement le public. Cris d'effroi. Un cheval est éventré, son plantureux cavalier jeté à terre. Les péones désertent cet odieux champ de bataille, vaincus par les lazzis et les sifflets; l'homme en habit de lumière, malgré une extraordinaire pose de banderilles, ne parvient pas à rétablir le silence. La bête ensanglantée refuse de mourir et se soustrait à l'estocade en faisant voltiger l'épée à travers le soleil. Les quolibets redoublent mais cessent instantanément: l'un des enfants nus brandit l'arme étincelante que l'astre du jour vient de lui tendre; il appelle impérieusement le fauve. On veut se précipiter mais le taureau est souverain: sourit-il a son jeune bourreau ? L'adolescent se tient solidement debout sur la barricade, antique, éternel; il est le seul à hurler quand son épée terrasse le monstre...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...


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