Au travers les vitres embuées du hammam on découvre, en essuyant le verre d'une main lasse, le paysage verdoyant de cette campagne où il pleut trop souvent. Le ciel est rarement clair mais il confère à la peau des couleurs et un toucher particulièrement doux. La lumière pénètre discrètement par les hautes fenêtres cerclés de cuivre. Il est agréable de s'alanguir sur les gradins mouillés, suivre distraitement du doigt le contour tiède des mosaïques et deviner, au dehors, la forme des arbres. Le plafond du hammam, qui se dessine au gré des volutes de vapeur, est une belle coupole couverte d'or. Un lanterneau aux vitraux colorés irise l'atmosphère, la rendant si légère qu'on en oublierait presque la chaleur. Des créatures souriantes se croisent sans se voir, vêtues de mousseline jonquille, de perles baroques, ou simplement nues, le corps glabre. Elles entrent dans le hammam par une petite porte de bois blond, au bas de l'amphithéâtre, et gravissent insensiblement les marches. Le jour ici dure longtemps. Au fur et à mesure que le corps s'engourdit, les êtres semblent flotter: on peut les voir, au crépuscule, s'élever vers le sommet de la coupole et se diriger, par le lanterneau, vers une autre pièce dont il n'est possible de distinguer que la clarté...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...


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