Les consoles ouvragées déploient en vain leurs volutes, les fauteuils et les strapontins d'argent se taisent, les miroirs et les lustres paraissent s'excuser de renvoyer à l'image qui passe le reflet trop brillant de ce qui fut. Il neige en plein été. Les tapis épais et les tentures de la manufacture des Gobelins étouffent heureusement les pas qui se hâtent, les conversations furtives et les sanglots. Personne ne songe à jeter un regard, fût-il mélancolique, sur les parterres où les plus rares fleurs se dessèchent dans l'indifférence des jardiniers. Il flotte comme l'odeur sucrée, un peu rance, que prennent les bonbons orientaux quand on les oublie au fond de leur boîte précieuse. Il faudrait arrêter le mécanisme implacable des horloges - à intervalles réguliers l'amarante, l'écaille, la nacre et l'or répandent à travers l'espace l'écho cristallin de leurs demi-heures - mais qui oserait, à présent, imposer sa volonté au temps lui-même ? Un clavecin s'ouvre, résonne avec aigreur et se referme. Trois pages blonds, en livrée aux couleurs du maître, passent en se poursuivant dans de grands éclats de rire: on ne les réprimande pas; on est ailleurs, dans les antichambres bruissantes qui jouxtent la pièce où le maître repose, dans la chapelle tendue de crêpe, ou encore chez le nouveau maître...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
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