Celui que l'on attend est sans doute un personnage considérable: un navire, dont on rêve la richesse, est ancré au large, toutes ailes déployées. A quai, des marins gardent jalousement une barque couverte de soieries. Il est trop bon matin pour que les curieux soient nombreux à se presser sur le port; seuls quelques pêcheurs croisent avec indifférence cette embarcation qui danse mollement, telle Salomé au premier voile, sous la lumière rasante et mauve. Les bâtiments publics et les temples dorment encore. Celui que l'on attend vient-il d'arriver ou va-t-il repartir après un séjour trop long ? Les gardes se taisent et repoussent l'étranger d'un bras épais bardé de cuir. Le soleil embrase les flots et la ville, dissipant les dernières brumes. Des prêtres en tenue de cérémonie sortent sur le parvis de l'un des temples; une fumée très blanche répand, depuis le lourd trépied de bronze d'où elle s élève, une senteur de myrrhe qui couvre bientôt celle des eaux verdâtres. Cris d'enfants, guenilles: la porte du palais vient de s'ouvrir. Une foule de marchands au teint mat accourt sur la place, contenue par les hommes en armes. Pourpre des notables alignés le long des marches de marbre. Un frémissement délicieux parcourt l'assistance: la reine de Saba va embarquer pour Cythère...


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