Une nuit orientale couve, presque en souriant, l'abbaye silencieuse. Il y a bien trois longues heures que les moniales ont regagné leurs cellules; sans doute rêvent-elles librement, ces douces créatures, hors du cadre merveilleusement contraignant où leur foi les a conduites, tentations et extases. La pleine lune projette, de loin en loin, ses taches laiteuses sur les murs de pierre et dans les enclos. Il convient de marcher avec délicatesse, de crainte que le martèlement sec des semelles sur les dalles ne fasse fuir trop loin la hulotte et ses proies. Lueur timide des veilleuses dont on aperçoit le tremblement au travers les vitres cerclées de plomb de la chapelle. Les ruines de la basilique se découpent non loin, dépossédées, simplement belles. Un souvenir de soleil donne au calcaire rugueux une chaleur rassurante qui semble aimer à se communiquer aux doigts, aux mains, à la joue de l'être passager, pour lui faire mieux ressentir la fraîcheur mordante de la nuit. Cloîtres de serpentine au milieu desquels la végétation paraît trop douce, ombres de l'ombre d'où sourdent les questions intimidantes de l'enfance. Le ciel est sillonné de météores mais on ne les entrevoit que du coin de l'oeil, lorsque l'attention est retournée dans le vague...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
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