Crissement des aiguilles de pins sous les pieds nus. Il fait chaud, même à l'ombre. Quand le soleil aura décliné, le ciel se séparera enfin de la mer mais, pour l'heure, ils ne font qu'un, improbables, derrière le feuillage odorant. Le contact rude et légèrement collant du bois résineux fait passionnément désirer prendre un bain, à moins que cela ne soit autre chose de plus fort, de plus près de la terre. Bruit de cigales, assommant, et d'êtres humains saturés de lumière; ressac. Somnoler sans s'assoupir, la bouche figée en un sourire involontaire, les paupières rougeoyantes, dans une position forcément inconfortable - pourquoi le vent qui fait balancer la cime des pins ne descend-il pas jusqu'à la surface de la peau ? - dormir en attendant ce presque crépuscule où la surface des eaux devient muette; alors, debout sur la branche complice, il suffira simplement d'écarter les bras, d'ouvrir la pomme des mains engluées par la sève et de s'offrir au vide empourpré, la tête en flammes, les lèvres sèches, pour considérer enfin la falaise vue de la mer, la courbure diaphane de l'horizon et surprendre les gabians avant d'effleurer, comme eux, l'écume fraîche et salée, plonger même, à en mourir, au plus profond des gouffres où ne parvient plus la lueur porphyre...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
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