Sur des draps de soie outremer ses mains fines et soignées. Le poids du plateau laqué couvert de porcelaine et de vermeil; senteur discrète de la bergamote. Quelques rayons de lumière délicatement filtrée par des voilages à motifs chinois pénètrent jusqu'aux tapis dont ils font onduler la trame. Un quintette à vents joue Mozart, ou peut-être Haydn, dans l'un des salons. Le bois sombre du lit craque légèrement: le chat essaie de trouver une place confortable où rouler son pelage doré. Tableaux ovales sur les murs tendus de bleu nuit. Par endroits le brocard a souffert, un peu râpé, un peu oublieux du temps qui s'est écoulé: le bleu nuit s'étiole et brille avec la morgue d'un survivant de catastrophe. Deux sucres. Tintement du cuiller sur le rebord de la tasse. Mouvement de tête et regard désapprobateur du chat; caresses et pardon, les yeux clos. D'un mouvement presque las, les doigts saisissent la anse tiède et portent le thé jusqu'aux lèvres. Délicieuse brûlure, âcreté tant attendue sur la langue; trop d'âcreté pourtant: il faudrait ôter les feuilles compliquées de la théière. Des pas familiers résonnent dans le couloir. Le félidé s'impatiente et bondit souplement sur le sol. La porte s'ouvre enfin: quelqu'un entre...
S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1995...
|