Qu'au plus fort des chaleurs d'été Il n'est de vertu souveraine Que de savoir se reposer. Le sommeil vous saisit très vite Après le repas de midi, Lorsqu'à la digestion sourient Une torpeur et une fuite. Obéissant à cet appel, Vous allez donc vous allonger Sur des draps qui font le recel D'une fraîcheur bien supposée : Car elle est moite, l'atmosphère, Car elles sont chaudes, vos tempes, Et si Morphée, enfin, vous tente Il prend le nom de Lucifer ! Oh, vous dormez, point d'équivoque ! Vos membres trouvent le repos, Mais quel prix cette idée baroque Fait alors payer au cerveau ! Tout engourdi, l'on se débat Contre les rêves les plus durs, L'on va s'écraser sur des murs Dans les sarcasmes et les fracas. Une pléiade de démons Joue bientôt avec votre esprit, Au sein de monstrueux siphons Où personne n'entend vos cris. La ronde dure à peine une heure, Tel un vortex paralysant : Vous vous réveillez en hurlant Le corps trempé par la sueur. Langue pâteuse et cils collés, Du lit vous quittez le cachot ; La démarche mal assurée, Les muscles flous et le coeur gros. La bouche ouverte sous la douche, Comme une rage sur les lèvres, Vous maudissez toutes les trêves Dont le théâtre est votre couche : Que longuement on y sommeille Que l'on y meure ou que l'on aime, Mais surtout préfère la veille Aux songes vils, aux tiédeurs blêmes ! S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1994... |