Quand le promeneur, lassé des chaleurs
Dont la plage est pourvoyeuse,
Laisse enfin ses pas le guider, là-bas,
Sur la falaise ombreuse
Où les arbres tors imitent des corps,
Des monstres ou des chimères,
Lançant leur toison vers un soleil blond
Comme pour le faire taire,
Notre promeneur sent alors son coeur
Saisi d'une douce fièvre,
Mélange subtil de plaisirs puérils
Et goût de sel sur ses lèvres ;
Parfums entêtants, bien étrange chant
Que celui du paysage !
Cigales, toujours, à vous rendre sourd,
Aiguilles sur le passage ;
Buissons surchauffés, herbes desséchées,
Pierre si blanche et si pure :
Un piège sans doute, tendu sur la route,
Par quelque déesse obscure...
La mer se confond, depuis le surplomb,
Avec le ciel improbable :
Son ressac faiblit, sa lumière fuit
Devant les pins trop aimables.
Car ils sont trompeurs, ces arbres songeurs :
Ils font de vous leur esclave,
Insidieusement, paternellement,
Complices des fiers agaves ;
Ils ouvrent trop bien de lointains chemins,
Curiosité dangereuse,
Où vous oubliez d'être fatigué,
Dans votre quête hasardeuse...
Solitaire et nu, le promeneur sue,
Souffle bientôt et ahane,
Bouche vert-de-gris, regard amolli,
Les muscles des jambes en panne ;
La piste prend fin avec les confins
De la falaise elle-même :
Dieu, qu'elle est petite, la plage et ses rites
Et que la fatigue est saine !
Mais il faut rentrer : l'eau vient à manquer,
Craignons qu'en bas l'on s'inquiète !
Redescendons seul, tel un guerrier Peul,
Des fantasmes plein la tête...



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