A quelques encablures d'une oasis incertaine en plein désert africain se trouve la capitale secrète d'un peuple autrefois nomade à qui l'Organisation des Nations Unies n'a jamais reconnu le droit à l'indépendance. Chacun sait que le Sahara ne fut pas toujours aride, mais qui se douterait, avant que ses yeux ne fussent éclairés, de ce que les ancêtres de ce peuple apatride aient édifié une ville si belle que leurs descendants se contentent d'en investir la nécropole ? Car de ruines antiques, de vestiges proportionnés à la taille du site, point : juste le désert avec, dansant au ras des dunes, une impression de palmiers dans le lointain. Et des tombes, des tombes à perte de vue, du mastaba au mausolée, des tombes en pierre grise, plus ou moins alignées, ouvrant toutes sur l'ouest. Il apparaît très vite que les premiers bédouins ayant ici trouvé refuge ne connaissaient pas encore cette stratification sociale qui nous est devenue commune : leur seule erreur, apparemment, fut de se cantonner aux caveaux les plus modestes, les plus en harmonie avec leur existence, et d'épargner, peut-être par crainte de mânes trop puissants, les riches constructions qui devaient bien vite abriter leurs premiers monarques. Car des murs furent élevés, qui relièrent les dernières demeures en autant de pièces qu'il était nécessaire pour une famille ; puis une mosquée, et enfin un palais, une ville, avec ses quartiers réservés, ses puissants et ses misérables, une capitale non officielle somme toute très ordinaire, un peu comme si les morts avaient vengé la profanation de leur ultime société, trop égalitaire. Les morts et le secret : dix, douze mille âmes qui se taisent, un émir qui se terre, un muezzin qui chuchote. Et les défunts eux-mêmes, songerez-vous, où les enterre-t-on ? Mais tout simplement dans les quartiers appelés à devenir faubourgs d'ici quelques siècles...


S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1997...


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