Bien souvent le soir, avant le sommeil,
Quand le corps repose mais que l'âme veille
L'on se prend d'un coup à ne plus savoir
Parmi les images emplissant le noir
Celles qui sont vraies et celles simplement
Que projettent l'oeil sur les éléments :
Une idée, un son, se métamorphosent
Traversent la nuit, et puis se disposent
Indépendamment de la volonté
Sur l'écran des airs comme une fumée ;
Ici un navire, là un paysage,
Plus loin un bouquet, plus loin un orage,
Ou un symposium d'anges en exil,
échangeant entre eux des discours subtils ;
Sont-ce des thyiades, des muses, peut-être,
Qui se tiennent nues, près de ma fenêtre ?
Un éclair, un bond : c'est un souvenir,
Une évocation, ne pouvant remplir
Qu'un instant fugace sans incarnation,
Retenant pourtant toute l'attention !
On croit le comprendre mais il s'impatiente
Avant que les mots, dont l'oeuvre est trop lente,
Donnent au cerveau leur compte-rendu ;
Il en va de même des cris entendus,
Des notes, des partitions compliquées :
à peine perçus, déjà oubliés !
Mais le plus étrange est que l'intellect
Aime ce brouillard qu'il dirait abject
En d'autres occasions où, la rage aidant,
Il maudirait le passage frustrant
D'un dieu chargé des plus heureux trésors,
Et qui s'en va, vêtu comme la mort,
Las ! Sans laisser au dormeur qui l'invite
Le vain loisir d'analyser sa fuite.
La torpeur, il est vrai, gagne bientôt,
Sans effort hélas, sans réel assaut
Une lutte prévue, quotidienne,
Contre l'être épuisé par les peines,
Dont l'esprit fatigué, stressé, rompu,
N'attend plus que d'être enfin vaincu...



S'il vous plait, respectez le © copyright Philippe Gimet 1994...


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